Pourquoi les violences éducatives ordinaires (VEO) persistent ?
- Camille Couesnon
- il y a 2 jours
- 4 min de lecture
Le dernier baromètre des violences éducatives ordinaires vient de sortir. Les chiffres sont éloquents, de nombreux parents utilisent encore des punitions corporelles à des fins éducatives.
Si on regarde l'ensemble des chiffres, il apparait que de nombreux parents pensent que c'est un bon moyen d'éduquer mais sont en même temps conscients des impacts négatifs que cela induit.
Il m'apparait alors une évidence, le besoin de transmettre les informations.
Expliquer, sans juger, pourquoi les violences sont contreproductives et surtout, comment faire pour éduquer des enfants sans violences (physiques ou psychologiques).
Quelques chiffres que je retiens de cette étude : 37% des parents interrogés ont une mauvaise connaissance du développement de leur enfant.
Cette méconnaissance peut induire des attentes trop élevées de son enfant, ce qui mène à l'agacement du parent et procure un sentiment d'échec pour l'enfant. Des injonctions inappropriées répétées peuvent amener à des actes de violences.
Toujours dans cette étude, les parents interrogés affirment qu'ils s'informent à 47% auprès d'amis, famille et collègues contre seulement 13% auprès de professionel.les de l'enfance et de la jeunesse.
Ces chiffres montrent, à mon avis, un aspect de la société qui peine encore à évoluer sur la compréhension de ce qu'est la parentalité.
En effet, le mythe de "l'instinct maternel" est encore aujourd'hui très rependu. La croyance selon laquelle être parent est quelque chose de naturel, que ça doit venir tout seul, que si on est un "bon" parent, ça doit facile, est fausse, et doit absolument cesser de se transmettre.
Posons-nous la question autrement, pour quelle autre chose pensons-nous tout savoir sans avoir besoin d'apprendre ? Je ne vois pas.
Je rappelle ici, qu'il y a quelques années, une ministre voulait faire passer une loi pour que chaque femme ayant au moins trois enfants puisse travailler dans les établissement d'accueil de jeunes enfants. Il me semble qu'encore aujourd'hui, avoir trois enfants facilite l'accès aux métiers de l'enseignement.
Dans quelle autre corps de métier voyons-nous cela ? Je mange du pain tous les jours, puis-je devenir boulangère ? J'utilise l'électricité au quotidien, puis-je devenir électricienne ? Sans formation, cela me parait impossible.
J'ai souvent entendu dire, "elle a eu des enfants, elle sait s'en occuper" ce à quoi je répond "j'ai un cœur mais je ne suis pas cardiologue".
Voilà pourquoi, à mon sens, les VEO persistent malgré toutes les études qui démontrent leur impact négatif.
On pense qu'un parent sait parce qu'il est parent. On pense que demander un conseil à quelqu'un qui est déjà parent va forcément nous aider. Mais non, pas forcément, pas pour tout.
Expliquer aux parents les impacts négatifs des VEO et comment faire sans est indispensable pour une société sans violence.
Dans un premier temps, si vous ne les avez pas lu, je ne peux que vous renvoyer sur mes articles sur les émotions des enfants et sur comment poser du cadre.
Parce que la majorité des violences ne sont pas faîtes dans le but de nuire. Il est important que chacun comprenne que demander de l'aide dans l'éducation n'est pas être un "mauvais" parent, au contraire. Non, ce n'est pas inné, et il ne faut pas culpabiliser les parents qui ne savent pas comment faire.
Il faut trois ans d'études pour devenir éducateur et comprendre le développement, le fonctionnement d'un enfant et comment l'accompagner. Comment imaginer qu'un parent puisse acquérir ces mêmes compétence uniquement en devenant parent ?
Commencer par comprendre qu'un enfant ne vit pas les émotions comme un adulte, que les caprices, la manipulation, n'existe pas chez les enfants est déjà la base de pas mal de chose.
Si on comprend qu'un enfant en "crise" ne l'est pas contre nous, mais qu'il ne sait pas réguler ce qu'il ressent, permet déjà de prendre du recul et d'analyser la situation différemment.
Oui, mettre une fessée à un enfant peut stopper la crise. Cela paraît fonctionner sur le coup. Mais en réalité, en plus des risques de blessures, la situation n'est pas réglée pour autant.
L'enfant ne peut pas comprendre ce qui se passe, la situation n'est pas expliquée, elle pourra alors se reproduire.
Soit l'enfant recommence car il ne comprend pas ce qu'il n'a pas le droit de faire, soit il arrête parce qu'il a peur de se prendre un coup, mais pas parce qu'il aura compris.
Oui, le parent doit poser des règles de vie à son enfant, c'est ainsi que la société fonctionne, il y a des règles à suivre partout. Mais pour être respectées, ces règles doivent être comprises. Sinon, elle ne sont respectées que sous l'œil du parent "pas vu, pas pris". Et la relation entre parent et enfant n'est alors pas basée sur une relation de confiance mais sur une relation de peur.
La peur engendre du stress, le stress entraîne la production de cortisol, qui ralenti le développement du cerveau.
Je pense qu'aucun parent n'a réellement envie que le cerveau de son enfant ne se développe pas correctement.
L'information n'est pas assez diffusé.
On répète aux parents de stopper les VEO, on fait des lois contre cela, mais on n'explique pas quoi faire à la place. Car non, stopper les VEO ce n'est pas laisser tout faire à l'enfant.
Des techniques éducatives basées sur la bienveillances et le respect existent et sont beaucoup plus efficace.
Les enfants sont notre avenir, il est de notre devoir de les accompagner à être des futurs adultes épanouit
pour une société qui puisse fonctionner le plus sereinement possible.





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